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Le Château de Marsillargues

La Commune de Marsillargues est réputée dans le Midi, principalement dans les milieux 'viticoles pour la fertilité de son sol, la beauté de son vignoble et l'importance de sa Cave Coopérative pouvant loger 215 000 hectos de vin.
Au cours de l'année, particulièrement pendant la période des vendanges, de nombreux visiteurs se déplacent à Marsillargues, pour y voir en pleine activité cette « ruche vinifiante » la plus grande de France.
La plupart d'entre eux et des touristes qui traversent le village, en empruntant la départementale n° 34, ne se doutent pas qu'au Centre de cet ancien chef-lieu de canton, existe une merveille d'art qui fait l'admiration de ceux qui ont la surprise de la découvrir


Château Renaissance 1576.
- La Cour d'Honneur.
 

ORIGINES
Cette (merveille) est un Château. On l'appelle le château de Guillaume de Nogaret, ce qui n'est justifié qu'en partie, car du château de ce dernier, construit vers 1305, ne subsistent plus, qu'une partie du sous-sol (cuisine, prisons, culs de basses-fosses), etc... et si l'on en croit certaine pièce d'archivé, la tour carrée et son tourillon qui dominent majestueusement l'ensemble des constructions.



Le château face Sud.

Légiste renommé, bras droit du iroi Philippe le Bel, dans ses démêlés avec le Pape Boniface VIII, Guillaume de Nogaret reçut en récompense des services rendus, en mars 1302 et février 1303, deux dons de 300 et de 500 livres à prendre sur le trésor royal en attendant d'être assis sur des terres. Ce ne fut qu'en Juillet 1304, que cette clause fut exécutée pour le don de 300 livres. Elle marque dans l'histoire de cette « villette » qu'était Marsillargues un tournant décisif, puisque le roi concédait à Guillaume de Nogaret « notre ville, dite de Marsillargues, dans le diocèse de Nîmes et toute justice haute et basse sur son territoire et district, ses droits et appartenance, ses moulins, terres, possessions, ses revenus en argent, blé, vin, droits et choses quelconques nous appartenant ».

Guillaume de Nogaret avait acquis en 1291, le Domaine de Tamerlet situé à 4 kilomètres de Marsillargues. Il avait pu, ainsi juger de la fertilité du sol Marsillarguois. La baronnie de Lunel, dont faisait partie Marsillargues, étant devenue propriété royale en 1295, on comprend facilement qu'il ait saisi cette occasion pour s'installer définitivement dans la région. Il était presque au faîte de sa puissance, puisqu'il eut les sceaux en 1307 et devint Chancelier en 1308 et son désir de posséder une demeure digne de lui l'incita sans doute à faire construire un château à Marsillargues.



Entrée du Musée Pau!-Pastre.
(Photo J. Contrepasl


Qu'advint-il de ce château à partir du xvième siècle?
Fût-il dévasté par le fer ou par le feu, ou simplement démoli parce que ne répondant plus aux besoins des seigneurs de l'époque, les puissants et réputés, de Louet, de Murât, de Nogaret, de Calvisson, élevés au titre de marquis depuis 1440 et qui avaient eu, l'un des leurs, ministre du roi Charles VII? Les détails manquent là-dessus, mais les quatre tours polygonales et la tour donjon (paraissent seules antérieures au xvème siècle. Si l'on considère que des pièces de terre furent acquises en 156l, pour l'agrandissement du château, on peut en conclure que la demeure de Guillaume de Nogaret subit alors de si nombreuses et importantes transformations qu'elle en perdit sa silhouette primitive. Terminée en 1576, embellie en 1679 par l'édification au sud d'une façade de même style, cette résidence seigneuriale présentait extérieurement à la fin du xvème siècle, la sévère « physionomie que nous lui -connaissons aujourd'hui ».

De 1576, jusqu'à la Révolution, les de Louet, branche aînée jusqu'en 1711, branche cadette jusqu'à l'époque révolutionnaire résidèrent presque continuellement dans leur château et ne cessèrent de le décorer et de l'embel¬lir. Ils en firent une somptueuse demeure aux vastes dimensions, contenant des trésors inestimables en -meubles, émaux, tapisseries, tableaux, livres, etc... En 1837, les de Calvière succédèrent aux de Louet et en 1875, les de Saizieu aux de Calvières, unais l'on n'a - pas connaissance que des travaux importants aient été entrepris par eux.

En 1875 après une visite au Château, la Société Archéo-logique de Montpellier, observait « que son architecture tant intérieure, qu'extérieure, se distinguait par des détails d'ornementation, extrêmement riches et comparables à ce que cette époque a produit de plus important dans les châteaux de la Loire ».

PAGES D'HISTOIRE
L'esprit reste rêveur devant ces pierres vénérables, patinées par le temps, mutilées par endroits par la main de l'homme, où s'inscrivent tant d'événements heureux et malheureux de notre histoire. Chevaliers bardés de fer, seigneurs richement costumés, grandes dames parées avec magnificence, ont hanté ces lieux aujourd'hui déserts, où le silence, seul accueille le visiteur. Destriers portant cuirasse, haquenées richement caparaçonnées, carrosses rutilants de dorures avec laquais figés dans leur livrée écarlate, chaises à porteurs confortables, remarquablement décorées et armoriées, ont foulé ou sillonné les cours d'honneur et de service, aux pavés ronds et inégaux. Tout ici, parle au visiteur et laisse deviner d'invisibles présences.
Au cours des siècles, des hôtes de marque furent reçus dans cette demeure princière : le roi Charles IX, le 16 décembre 1564, Chatillon, fils de Coligny, le 2 avril 1570; le duc de Montmorency, le 3 août 1622; le roi Louis XIII et le Cardinal de Richelieu le 17 juin 1629, ce dernier poursuivant sa route jusqu'au Château de Teillan appartenant aux de Bornier et Mme de Sévigné, la célèbre épistolière qui s'y arrêta avant de rejoindre Montpellier, où elle allait consulter le professeur Fizes.

Mais toute médaille a son revers et des jours sombres vinrent parfois troubler la quiétude des habitants du châ¬teau et marquer ses murs de leur empreinte. Guerres de religion de 1562 à 1595, siège des 1, 2 et 3 août 1622, au cours duquel les boulets de l'armée royale endommagèrent gravement les constructions, période révolutionnaire pendant laquelle les sans-culottes manifestèrent leur haine de la royauté en supprimant, sur les façades, à coups de ciseaux tout ce qui rappelait l'ancien régime, et plus près de nous, l'incendie qui dans la nuit du 19 au 20 mai 1936. ravagea la partie gauche du château et réduisit en cen¬dres, ces merveilles d'art et de goût qu'étaient l'escalier d'honneur, la galerie Louis XVI, la chambre Louis XIII, le boudoir de la baronne et tout l'étage supérieur correspondant avec la bibliothèque et la chambre de Monseigneur.



Fontaine de la salle à manger.

VESTIGES
Heureusement, le gros œuvre tint bon et malgré de graves dégâts, le château, tel qu'il subsiste, présente encore pour le visiteur un intérêt indéniable. Ses deux façades merveilles d'architecture, sont intactes. Celle du nord, édifiée en 1570, et de style Renaissance, porte dans sa partie supérieure, séparés par des figures engainées, douze bas-reliefs, ornés de guirlandes de fruits portées par des mufles de lion et supportées par endroits par des amours joufflus. Des masques et des bueranes complètent ces bas-reliefs, sur trois desquels se distinguent remarquables par la finesse de leur exécution, un porc-épic, emblème du roi Louis XII, un croissant emblème de la favorite Diane de Poitiers et une salamandre, emblème du roi François I".

Au-dessous, six panneaux avec fronton et pilastres ioniques encadrés de colonnes corinthiennes attirent par la beauté de leur composition. Heaumes avec cimiers à figures hétéroclites que complètent des fleurons ornés et de très nombreux attributs, offrent aux connaisseurs d'art héraldique, un champ de recherches incomparable. L'œil va de découverte en découverte et reste émerveillé devant ces reflets des splendeurs d'autrefois.



Musée Paul-Postre.
- Satie Daumas-Dgcros

Vis-à-vis de cette partie du Château et séparée d'elle par la vaste cour d'honneur .hélas, bien dépouillée aujourd'hui, s'élève la façade sud de mêmes dimensions et de même architecture. Construite en 1679, sous le règne de Louis XIV, elle porte de nombreux monogrammes et soleils, emblèmes de ce monarque, sur ses douze bas-reliefs que complètent guirlandes de fruits et masques. Dans sa partie inférieure, on aperçoit six panneaux de même style que leurs vis-à-vis, mais ornés de trophées et de tableaux historiques d'une richesse de détails surprenante.

L'orangerie située à l'est, avec ses balustres à panse ronde, ses arcs en anse de panier avec clefs sculptées, représentant les quatre saisons forment avec les façades et les quatre tours polygonales à profil gothique un ensemble d'une symétrie et d'une grandeur impressionnante. Et dominant le tout de sa haute et majestueuse présence, la tour carrée et son tourillon rappellent au visiteur la destination première de cette construction plusieurs fois centenaire.
Des salles épargnées par le feu, ne restent plus que la salle à manger, la salle de billard, la petite salle Louis XV et la chambre de parade toutes vidées de leur contenu. La salle à manger restaurée est telle qu'elle était avant la Révolution. Dotée de lambris et de carreaux de marbre. magnifiquement décorée dans le style de l'époque, elle surprend par ses dimensions et sa beauté sévère. Son plafond suspendu, orné sur ses côtés de quatre écussons et de quatre tableaux, présente en son milieu une tête de femme rayonnante, d'une finesse extraordinaire. La fontaine qui la joint à l'est, étonne par la diversité de sa composition. Ses murs entièrement recouverts de coquilles de mer et de cristaux de roche, son plafond pareil à un fond de mer, ses masques grimaçants et au-dessus du bassin, le dauphin qui, de ses yeux ronds fixe le visiteur. forment un ensemble qui ne manque pas d'originalité.

La salle de billard, vaste et encadrée de gypseries magnifiques, la salle Louis XV avec ses iroses dorées et ses portes joliment sculptées, la chambre de parade et son beau plafond à caissons qu'embellissent chimères, rinceaux et arabesques, avec ce qui reste de la belle tapisserie de la Compagnie des Indes qui en tapissait les murs, permettent de juger de la splendeur de cette demeure princière avant l'incendie de 1936.
Propriété' privée jusqu'en 1948, année de son acquisition par la Commune, rares étaient les personnes admises à le visiter. C'est la raison pour laquelle, il est encore peu connu des touristes, tout en étant l'un des joyaux du xvie siècle, les mieux conservés de la région.
Inscrit à l'inventaire des Monuments historiques depuis 1925, il a été classé en 1952 et a bénéficié depuis de divers travaux de restauration.

Un musée, installé dans deux salles basses du Château, admirablement aménagées par les soins de la Municipalité a été crée en 1948 par l'Association des Amis du Musée. Il a recueilli tout ce qui, du Château méritait d'être conservé : plans, cartes, tableaux, photos, notices, etc... et sa visite complète celle de ce dernier. On y trouve, aussi de nombreux dons consentis par des particuliers des objets divers anciens ou curieux, des collections diverses de monnaies, d'armes (fusils, pistolets, poignards) de coiffures et de vêtements d'homme et de femme, de minerais, de fossiles, etc... des armes et des outils de l'époque néolithique, des plaques de cheminée, des estampes.

Parmi les pièces les plus précieuses figurent, une stèle funéraire et deux autels gallo-romains, une pierre tombale romaine, des marbres ouvragés, une sculpture gauloise, la maquette de la Cave Coopérative et la chaise à porteurs du seigneur datant de 1751, etc... Le Musée est ouvert au public du 15 avril au 15 octobre. La visite du Château et du Musée demande environ deux heures.