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Fernand JANIN (I88O-I9I2)

Premier Grand Prix de Rome d'Architecture
Par M. Jacques CONTRERAS

« Fernand JANIN, petit Languedocien aux yeux clairs et pénétrants, intelligent, alerte, débrouillard et laborieux comme tous les produits de cette terre où ont fusionné toutes les races les plus actives du monde occidental : Phéniciens, Romains ou Sarrasins et, plus tard, les rudes huguenots cévenols...
Fernand JANIN, architecte! C'est une vocation qui doit sembler toute naturelle lorsqu'on est né dans cette région où s'accumulent tant de grandioses monuments du passé. Il était bien de son pays ce vaillant petit architecte infatigable, aventureux, que tentent tous les climats les plus lointains, qu'attirent tous les arts à côté de celui auquel il s'est voué...
Fernand JANIN, architecte d'un grand avenir et aquarelliste des plus brillants, installé tranquillement à la Villa Médicis, disparaît brutalement à l'âge de trente deux ans alors qu'il se consacrait à l'union de la peinture et de l'architecture, reprenant ainsi la tradition des grands maîtres de la Renaissance ».

ENFANCE ET ADOLESCENCE

 

Du mariage célébré entre Numa JANIN (né à Marsillargues le 12 octobre 1849) et Nina GUILLAUME devait naître, le 8 janvier 1880, Georges-Fernand JANIN.
Pendant son enfance et ses études au lycée de Nîmes, il montre beaucoup de goût pour le dessin. Son père modeste cheminot de la Compagnie des Chemins de Fer P.L.M. aimerait le voir entrer à la Compagnie comme dessinateur.
En attendant, Fernand a maintenant quinze ans passés, le voilà placé chez Max RAPHAËL, jeune architecte plein de talent qui ne tarde pas à s'apercevoir des dons remarquables de son élève. Il le décide à s'inscrire à l'Ecole Municipale des Beaux-Arts. Le Directeur LAHAY, habile peintre nîmois, et Max RAPHEL vont s'efforcer de développer chez leur élève les dons artistiques qui l'attirent également vers l'architecture et la peinture.

PREMIERS SUCCÈS
Non sans une certaine crainte de cette vie d'artiste qui va s'ouvrir à lui avec tous tes imprévus qu'elle comporte, les parents de Fernand JANIN le laissent partir pour Paris où il est reçu premier sur cinq cents à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts. N'ayant pour vivre que les modestes pensions versées par la ville de Nîmes iil travaille, pendant les heures de liberté que lui laisse l'Ecole, chez des architectes subvenant ainsi à ses besoins au prix, hélas, d'une grande fatigue.
Les galeries des musées l'attirent plus que les monuments célèbres, de métier il est architecte mais sa vocation est pour la peinture. Son activité et sa virtuosité d'élève le conduisent aux grands concours.
En 1903, il obtient le prix ROUGEVIN qui révèle dans sa « vitrine pour une salle de musée » l'architecte décorateur et le peintre. Deux ans plus tard, grâce à un magnifique « Château d'Eau » le voici premier second grand prix de Rome.
En 1906, il reçoit le prix STILLMAN et l'année suivante, il triomphe au prix CHEVANARD avec « Les quatre grandes époques de l'Histoire de l'Art, quatre panneaux d'une entière sûreté d'arrangement d'une grande délicatesse de dessin et d'un grand charme de couleur.

 

VOYAGES
Fernand JANIN visite la Belgique où il peint les Halles de YPRES, l'Espagne et les Baléares puis vient, dans le pays natal, relever l'admirable portail roman de Saint-Gilles-du-Gard. Les très belles reproductions, exposées en 1909 au Salon de la Société des Artistes Français, lui valent une médaille et une bourse de voyage.
Il parcourt l'Algérie et la Tunisie; nous révélant son tempérament d'orientaliste et de coloriste, il peint à BISKRA « Les tentes rayées des Nomades», et à KAIROUAN «Les boutiques des marchands de beignets». Passant ensuite en Italie Méridionale, il veut contre toute prudence faire l'étude d'un coucher de soleil à POESTUM : la fièvre le saisit. De son périple il ramène non seulement de précieuses aquarelles mais aussi le germe du mal qui devait le faucher à la fleur de l'âge. Quelques mois après, il est appelé à CHICAGO pour étudier un grandiose projet d'embellissement de 'la ville...


GRAND PRIX DE ROME
A son retour d'Amérique, en 1910, il obtient, avec «un sanatorium», le Premier Grand Prix de Rome d'architecture.
Pour Fernand JANIN, c'est la suprême consécralion de douze années d'école grâce auxquelles et au prix d'un travail acharné, l'élève parfait devient un maître.
Le voici installé pour deux années à ROME, pensionnaire de la Villa Médicis où, architecte habile et hardi décorateur, il peut rêver, son avenir assuré, au mariage de la peinture et de l'architecture.


FIN PRÉMATURÉE
Mais l'organisme délicat du jeune artiste fortement affaibli par des années de surmenage ne se remet pas de la maladie contractée en Italie.
En septembre 1912, Fernand JANJN est à Marsillargues chez ses parents qui trouvent gravées sur son visage les traces ineffaçables du mal qui le ronge. Prétextant un changement d'air il part en Espagne où le 3 octobre il éprouve sa dernière impression d'artiste : une carte postale, adressée à Léonce BENEDITE, Conservateur du Musée du Luxembourg, avec ses simples mots : "Ah, mon cher, j'ai revu VELASQUEZ ", en témoigne.
Il quitte l'Espagne le 8 octobre et va consulter les médecins de Toulouse et Montpellier qui ne peuvent plus rien pour lui.
Il meurt le 14 novembre 1912.
Fernand JANIN, trop tôt disparu, dort maintenant dans le cimetière de Marsillargues au milieu de ce pays qui lui était familier et qu'il aimait tant.